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“Lif is læne: eal scæceð leoht and lif somod.”  - Beowulf

“La vie est éphémère. La lumière et la vie ensemble s’en vont rapidement.”

 

La Mer du Nord remodèle la côte du Suffolk depuis des millénaires. Les falaises de grès subissent l’assaut des vagues, surtout pendant les tempêtes d’hiver (les fameuses “gales”), et chaque année des hectares de terre sont avalés par les flots. Parfois, des communautés entières ont pu être emportées. Au Moyen Age, Dunwich était la capitale du royaume d’East Anglia et possédait un port qui rivalisait avec celui de Londres. Aujourd’hui, il ne reste qu’un pub et quelques maisons, le reste ayant disparu sous les vagues pour constituer la plus grande ville médiévale sous marine du monde.

 

On a érigé murs, épis et digues pour défendre les villes et villages du littoral, mais des contraintes économiques et physiques rendent impossible la protection de la côte entière. De ce fait, les terres agricoles rétrécissent, des routes et sentiers deviennent impraticables, voire disparaissent, et des maisons sont abandonnées à la mer.

 

Face à ce processus lent mais inexorable, qui s’est accéléré ces dernières années, les autorités ont opté pour une politique de “repli stratégique”; elles choisissent quelles parties de la côte défendre et quelles parties sacrifier à la Mer du Nord. Cette approche de la défense côtière a engendré de vifs débats car elle implique qu’il y aura gagnants et perdants, ceux dont la propriété est protégée par les deniers publics et ceux qui doivent se débrouiller seuls ou bien laisser la nature suivre son cours.

 

Une des parties les plus vulnérables de cette côte s’étend de Lowestoft (la ville la plus à l’Est de l’Angleterre) vers le sud sur 37 kilomètres jusqu’à Aldeburgh. A mi-chemin entre ces villes se trouve Southwold, une station balnéaire victorienne située sur Sole Bay. Quoique bien protégée par des épis et une digue, Southwold, avec une route d’accès, reste néanmoins très vulnérable car entourée par des parties non protégées de la côte. Sur un petit promontoire, elle est sans doute vouée à devenir une île dans les décennies à venir.

Malgré sa popularité comme destination touristique, cette partie de ce qu’on appelle la Heritage Coast est épargnée des ravages du développement et présente un caractère assez sauvage par endroits. Etant donné son exposition à la mer, ses nombreux estuaires et ses vastes marécages, il n’y a pas de route côtière. De ce fait, seuls les marcheurs aguerris peuvent accéder à certaines de ses landes et plages.

 

A part le tourisme, l’activité économique est principalement agricole avec un peu de pêche pour le marché local, l’époque où de vastes flottilles parcourant la mer à la recherche de harengs et morues étant révolue. L’agriculture par contre est intensive et variée : élevage (surtout de porc), et culture (la betterave à sucre et le colza pour l’industrie agroalimentaire) ainsi que les cultures maraîchères.

 

Les photographies présentées ici sont tirées du livre Lif is Læne, un ouvrage conçu comme un hommage à cette région ainsi qu’une réflexion sur la nature éphémère de la vie. Elles ont été prises lors de visites chez ma mère durant les dernières années de sa vie.