Photos

 

"Le passé est prologue."

La Tempête - William Shakespeare

 

Eté 1995. A Paris depuis un mois, sans emploi, j’erre dans la ville en photographiant passants et scènes de rue. Un voyeur sans boussole.

 

Le 25 juillet. J’émerge du métro Place Saint-Michel. Des sirènes retentissent, la foule se dirige vers les quais. Un attentat vient d’avoir lieu. En m’enfuyant, je prends une photo des hélicoptères de la Sécurité civile à l’atterrissage.

 

La suite de l’été passe sans incident. Je continue mes errances, le souvenir de ce drame hante mon esprit. Mon projet prend forme. Il doit refléter l’angoisse qui m’habite, le résultat de mes démons, des événements extérieurs. Je me sens vulnérable. Chaque photographie est un autoportrait.

 

Je veux écrire un poème visuel qui situe l’individu dans le flux d’une société et de son histoire. Je suis un étranger cherchant sa place. Cette société, tant analysée au cours de mes études, fascine à la fois par sa vieille histoire, ses rites et rituels si singuliers pour ne pas dire exotiques.

 

Je réalise des reportages. Je me rends à la Fête de l’Humanité, plus tard aux manifestations contre le Plan Juppé.

 

Le projet se poursuit sur plusieurs années avec péripéties et interruptions. Après deux ans de vie parisienne, je pars en province, d’où j’effectue des raids photographiques sur la capitale. Je monte pour suivre des événements : le défilé du 14 juillet, la Gay Pride, la Fête du Front national et la Techno Parade. Souvent, je cherche seulement à photographier le quotidien et la vie de la rue.

 

Cette routine dure trois ans et prend fin en 2000 quand je repars aux Etats-Unis. Toutes les images emmagasinées au fil des années sont tirées en planche contact et finissent au fond des malles qui traversent l’Atlantique. Elles continuent à peupler mon imagination et je compose des livres virtuels dans ma tête. Personne d’autre ne voit ces photographies.

 

Plus de 20 ans après le début de ce travail, j’arrive enfin à l’exposer. Les explications d’une telle attente sont en partie techniques, surtout personnels. Ce furent mes images. Dorénavant, je leur donne vie.

 

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